Les pérégrinations de la Madone Benois

Publié le par helene-benois-peintre

Tous ceux qui visitent le Musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg ne manquent certainement pas d'y admirer un magnifique tableau de Léonard de Vinci représentant une Vierge à l'Enfant et dénommé "la Madone Benois". Dès l'abord, on peut se demander pour quelles raisons le nom de Benois est ainsi associé à cette oeuvre du maître italien. L'explication nous en est partiellement fournie dans les Souvenirs d'Alexandre Benois publiés en U.R.S.S. en 1980 et qui nous révèlent une bien curieuse histoire.

 

Avant d'être exposé au Musée de l'Ermitage, ce tableau se trouvait chez son frère, l'architecte et peintre Louis Benois, à la suite d'un héritage échu à sa femme Marie, née Sapojnikov, laquelle était issue d'une riche famille de commerçants de la ville d'Astrakhan sur la mer Caspienne (c'est dans cette famille qu'Alexandre Dumas a été reçu au cours de son périple en Russie effectué en 1856/59 et qu'il a raconté dans son livre Voyage en Russie).

 

Quant aux motifs de l'existence de ce tableau chez les Sapojnikov, ils étaient dus au fait, selon Alexandre Benois, que le grand-père de Marie l'avait acheté par l'inter-médiaire d'un général à des... comédiens ambulants de passage à Astrakhan.

 

Pressentant qu'il s'agissait d'un tableau de valeur, Louis Benois le soumit à l'expertise de son frère Alexandre, qui décela immédiatement que c'était une oeuvre de l'école florentine du XVe siècle et qu'elle pouvait même être de la main du grand Léonard. Mais pour en être sùr, il alla le montrer à Berlin au célèbre (alors) expert Müller Walde qui douta d'abord de son attribution à ce peintre.

 

Et ce n'est que quelques années plus tard, en 1906, alors que Benois était en train de monter une exposition des artistes russes au Grand Palais à Paris, qu'il vit arriver en trombe un Müller Walde surexcité qui lui cria : « Maintenant, j'en suis convaincu, votre Madone est bien de Léonard ! » Il avait en effet retrouvé à Londres des croquis préparatoires à ce tableau, faits par Léonard de Vinci. Ceci lui permettait même de le dater de 1478.

 

Le mystère de cette attribution était ainsi levé, mais l'opinion générale a longtemps ignoré par quels cheminements ce tableau avait pu tomber entre les mains de cette troupe itinérante, pour échouer à des milliers de kilomètres des lieux où il avait été peint. Et ce n'est que plus tardivement (en octobre 2011) que cette dernière énigme a pu être éclaircie grâce au souvenirs de Romano Benois, né et résidant en Italie, et l'un des petits-fils d'Alexandre Benois : il y a une cinquantaine d'années, il s'était lié d'amitié avec un membre de la famille princière de la ville de Sienne, les Picolomini. Or, ce dernier lui avait raconté qu'au début du XIXe siècle, l'un des fils du prince d'alors s'était passionné pour le cirque et que, grâce à l'argent facile de sa famille, il avait fondé sa propre et fastueuse troupe de cirque.

Celle-ci avait pour ambition de faire des tournées, même lointaines, à travers toute l'Europe, et, du fait que les Picolomini étaient des gens particulièrement cultivés dans le domaine de l'Art, cette troupe voyageait avec un certain nombre de tableaux de peintres italiens que cette famille avait acquis au fil des siècles. A chaque représentation du cirque, ces derniers étaient exposés sous une vaste tente accolée à celle du grand chapiteau. C'est ainsi qu'après l'arrivée du cirque à Astrakhan, l'un de ces tableaux, qui s'appelait encore la "Madone à la fleur", fut remarqué et acheté par ce général dont il a été question plus haut. On connait la suite. Reste juste à savoir si le vendeur et l'acheteur de cette oeuvre savaient s'il s'agissait d'un Léonard de Vinci ou d'un de ses épigones.

 

Quoi qu'il en soit, Louis et Marie Benois ont ensuite rétrocédé le tableau, devenu la "Madone Benois" au Musée de l'Ermitage dont il est devenu pour toujours l'une des pièces maîtresses.

Hélène Benois a effectué une copie en demi-teinte de cette Madone ; vous la trouverez ci-après, à la suite de l'original de Léonard de Vinci.


 

Leonardo da Vinci 026


La Madonna de Léonard de Vinci

 

 

madone HB copie

 

Copie de la Madonna par Hélène Benois


 

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Bruno G. 11/09/2013 23:04

Merci à Dimitri pour m'avoir permis de mieux connaître les oeuvres de sa Maman. C'est fou comme on vous retrouve dans le portrait qu'elle a fait de vous autour de vos 16 ans !

Merci aussi pour les derniers développement sur la Madone Benois que j'ignorais, et mes amitiés à Romano & Carlo.

Bruno G. (un lointain cousin toujours admiratif des talents multiples de cette partie de la famille).

Nicolas Tchavtchavadzé 19/05/2013 11:23

Cette information est passionnante et quels talents ! Celui de Léonardo bien sûr et celui d'Hélène Benois. Merci de nous l'avoir fait connaître.

Michielsen Béatrice 23/11/2011 09:47

Merci Dimitri, de nous éclairer sur l'histoire de votre famille qui fait également partie de la grande histoire de l'art. Comme beaucoup d'amateurs, j'avais vu cette Madone Benois à St Petersbourg
et découvre à présent la rocambolesque solution de l'énigme... J'ai particulièrement apprécié le clin d'oeil de l'image-miroir: photo vous représentant en 2011, dans la même position que celle
portraiturée autrefois par votre mère Hélène Benois. Meilleurs souvenirs de Béatrice

Philippe 07/11/2011 16:25


Une belle découverte